Exercices de Villes

Exercices de Villes est un projet qui lie photographie, architecture et littérature.

Exercer : v.t. (lat. exercere). Soumettre à un entraînement méthodique ; former.
Exercice : n.m. (lat. exercitium). 1. Action de s’exercer.
Exercice de style : oeuvre de Raymond Queneau (1974) Exercice de style, oeuvre inspirée par l’Art de la fugue de Bach, explore les potentialités de l’énonciation en racontant de 99 façons une anecdote insignifiante

La photographie, comme la littérature, a le pouvoir de révéler des situations et des événements insignifiants. Figée par l’appareil photo, la marche d’un homme dans une rue peut devenir vecteur d’émotions.
En se multipliant, les anecdotes et les situations urbaines banales finissent par parler du rapport entre le corps et l’espace, entre le corps et la ville. Photographies de personnage ou photos «incarnées» (oeil pour oeil). Photographies de corps ou photographies prises à l’échelle du corps. Espace restreint ou largement ouvert. Sécurité ou vertige. C’est l’espace, qui donne de l’intérêt à ces anecdotes. C’est l’anecdote et la position des corps qui donnent à lire la ville. Comme dans le travail de photomontage de Gilbert Garcin où la poésie née du rapport entre le sujet et l’echelle de ce qui l’entoure. Du rapport de son corps avec l’espace démesuré ou abstrait qu’il crée.
Mais ici, loin des photos scénarisées où l’espace n’est qu’une figure, c’est l’anecdote qui est prétexte à parler de la ville. Parler d’espace et le décaler. Décaler, décadrer les villes pour en offrir une image sans a priori. En prendre des extraits et les abstraire de leurs contextes, pour les recomposer et mettre en place une narration. Donner à voir une ville fantasque qui se compose plan après plan. Ne pas faire le portrait d’une ville. Mais utiliser la matière des  villes et penser le cadrage pour l’extraire.

Une fois ces images rassemblées, j’ai proposé à des auteurs de rédiger des textes sur ces clichés sans en connaître l’origine. Sans a priori sur le lieu. Huit auteurs ont ainsi rédigé douze textes sur une quinzaine d’images. Enrichissant le pouvoir narratif des photographies, ce pur exercice de style renforce le décalage entre la ville et son image, et en donne une lecture inédite.